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Intelligence ou intelligences ?

Les théories sur l’intelligence ont évolué au cours du siècle dernier donnant lieu à de nombreuses conceptions à tel point que l’on pourrait se demander s’il existe une ou plusieurs intelligences.

Il est difficile de s’entendre sur une définition universelle de l’intelligence. Elle englobe à la fois la faculté de connaître et de comprendre, celle de résoudre des problèmes, celle de s’adapter à de nouvelles situations et celle d’apprendre. Ces différentes conceptions de l’intelligence permettent d’affirmer qu’il n’existe pas seulement un seul type d’intelligence mais plusieurs. Là encore, de nombreux psychologues dont les théories divergent s’affrontent, on pense notamment à  celles de Spearman, Gardner ou encore Cattell.

Les premiers pas dans la connaissance de l’intelligence

Le psychologue anglais Charles Spearman propose en 1904 une théorie qui se base sur une analyse factorielle de l’intelligence. Selon lui, l’intelligence est unidimensionnelle, ce qui veut dire que l’on peut la mesurer avec une seule valeur. Par ailleurs, il existe une corrélation entre les facultés de raisonnement et la perception sensorielle qu’il nomma facteur g ou intelligence générale. Pour l’évaluer il a fait passer une série d’épreuves à des élèves et a conclu que leur moyenne correspondait au facteur g. Cela implique qu’en théorie, ceux qui ont un bon ‘’g’’ ont une plus grande probabilité de réussir dans toutes les épreuves que ceux qui ont un ‘’g’’ moyen. Bien que cette théorie ne soit pas discutable sur le plan mathématique, elle a des limites.  En effet, son pouvoir de prédiction n’est pas absolu vu qu’il met en relation des capacités cognitives qui, pour certaines, n’ont aucun rapport entre elles. Ensuite, même si un ‘’g’’ très élevé ou très faible permet d’évaluer un individu, ce n’est pas le cas d’un ‘’g’’ moyen. En effet, un individu peut exceller dans certains domaines et ne pas réussir dans d’autres. Cette réalité n’est pas recouverte par la théorie de Spearman qui jauge surtout les cas extrêmes.

Les huit intelligences de Gardner

La théorie des intelligences multiples de Gardner a vu le jour en 1983 alors que le professeur travaillait dans un établissement qui traitait les anciens combattants. Il a remarqué que les soldats atteints d’un traumatisme touchant certaines zones ne subissent que des dommages relatifs à ces zones, laissant les autres intactes. Il propose la vision selon laquelle l’intelligence se manifesterait de huit façons différentes tout en s’adaptant au contexte pour lequel elle est mobilisée. Selon lui, chaque être humain possède à sa naissance de nombreux genres d’intelligence lesquels se développeront de manière plus ou moins importante suivant l’individu. Il observe par ailleurs que chaque personne est dominée par un type d’intelligence qui déterminera sa manière de percevoir et d’appréhender le monde. La théorie des intelligences multiples met en jeu les intelligences linguistiques, logico-mathématiques, kinesthésiques, musicales, naturalistes, spatiales, intra-personnelles et interpersonnelles.

Pour commencer, l’intelligence linguistique ou verbale se manifeste par la capacité de recenser et d’employer les mots aisément aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Elle se trouve dans le cortex gauche antérieur. Elle est caractéristique des individus qui aiment lire, faire des mots croisés, et leur confère une bonne mémoire et une sensibilité aux sons et à la syntaxe. C’est la forme d’intelligence la plus commune et elle est plus courante chez les femmes que chez les hommes. En effet, ceci est dû, au niveau du cerveau, à un nombre relativement réduit de connexions nerveuses  entre les deux hémisphères chez les hommes, par rapport aux femmes, ce qui rend leur cerveau moins polyvalent. On retrouve ce type d’intelligence chez les orateurs, les écrivains et les interprètes.

Régions du cerveau

Régions du cerveau

L’intelligence logico-mathématique quant à elle, est caractérisée par une capacité à calculer, émettre des hypothèses et résoudre des problèmes mathématiques, et savoir raisonner dans l’abstrait.  Lorsqu’elles sont face à un problème, les personnes dotées de ce type d’intelligence en analysent les causes et les conséquences et peuvent anticiper les solutions. Par ailleurs, elles ont un esprit de synthèse et ont tendance à catégoriser les objets. De nombreux moyens existent pour développer ce type d’intelligence comme les casse-têtes, les jeux stratégiques,  le calcul mental et le travail sur les ordinateurs.

Un troisième type d’intelligence serait l’intelligence naturaliste qui permet aux gens qui en sont dotés de se servir de leur propre environnement pour comprendre le monde. Ils se distinguent par leur intérêt pour la nature, pour les animaux. Ils sont sensibles aux questions écologiques et apprécient le travail en plein air. Ils ont également tendance à classer les choses et à les hiérarchiser. Les activités en plein air, telles que le camping et le scoutisme occupent une bonne place dans leurs loisirs.

D’autre part, l’intelligence spatiale est la faculté de penser en trois dimensions, de visualiser l’espace, et de manipuler des images graphiques. Elle est située dans le cortex pariétal droit. Les individus qui disposent de ce type d’intelligence sont dotés d’un sens aigu de l’orientation, possèdent une bonne mémoire visuelle. Pour augmenter les facultés intellectuelles relatives à ce type d’intelligence il existe des méthodes pédagogiques comme utiliser des marqueurs pour faire ressortir les éléments importants, modéliser mentalement les informations ou dessiner des graphiques et des diagrammes pour mémoriser plus facilement.

En outre, l’intelligence musicale se manifeste par une plus grande concentration, une facilité à étudier une leçon si celle-ci est mise en musique, une aptitude à capter aisément les modèles musicaux et à les reproduire et une capacité à saisir les accents d’une langue étrangère. Les personnes qui disposent de ce type d’intelligence, sont douées pour la musique et sont très à l’aise avec les instruments. L’intelligence musicale est très liée à l’oreille musicale qui est la faculté à reconnaître les sons et à apprendre très vite à maîtriser des instruments de musique. De surcroît, un haut degré de ce type d’intelligence est caractéristique des individus qui possèdent l’oreille absolue. Une telle intelligence peut être stimulée par des activités de chant, et de composition musicale.

D’un autre côté, l’intelligence kinesthésique est la capacité d’exprimer une idée ou une émotion en effectuant un geste ou en réalisant une activité physique  dans la vie quotidienne ou dans un contexte artistique. Ceci est le cas chez un danseur ou chez un athlète qui est compétent en coordination, dextérité, flexibilité. Le développement de ce type d’intelligence se fait en pratiquant des activités manuelles comme la menuiserie et les bricolages.

L’intelligence intrapersonnelle est la capacité de bien se connaître et de fonder son comportement sur cette connaissance. En effet, ces individus connaissent leurs sentiments et savent repérer leurs défauts et leurs qualités. Par ailleurs ils ont le sens de l’autocritique, du perfectionnisme, de l’introspection et ont une tendance à se replier sur eux-mêmes. Pour favoriser l’expression de cette forme d’intelligence, ils doivent poser un regard critique sur leur réflexion, écrire un journal ou méditer.

En dernier lieu, l’intelligence interpersonnelle est une aptitude à percevoir les émotions et les humeurs chez les autres. Cet individu regorge de qualités sociales caractérisées par l’empathie, la coopération et la tolérance et est habile dans la résolution de conflits. Pour en favoriser l’expression il faudrait participer à des activités de bénévolat et travailler en équipe.

Localisation des différents types d’intelligences

Localisation des différents types d’intelligences

Vers un consensus

Cependant, la théorie de Gardner ne suffit pas à expliquer tous les aspects de l’intelligence et ne met pas d’accord tous les experts. En 1993, le psychologue américain, Raymond Cattell vient affiner cette approche en finalisant les analyses de Spearman et en synthétisant les différents modèles. Il propose que l’intelligence soit représentée par une pyramide à trois niveaux. A sa base on retrouve des capacités spécifiques comme la mémoire visuelle, le temps de réaction ou la fluidité des idées. Au deuxième niveau, ces facultés se regroupent en huit ensembles. Le premier est le facteur d’intelligence fluide qui est la capacité d’un individu à s’adapter à des situations nouvelles, à faire preuve de logique. Ensuite, le facteur d’intelligence cristallisée se fonde au contraire sur des connaissances ou des capacités acquises. On y retrouve des tâches qui mesurent la compréhension du langage, le vocabulaire, etc. Le facteur de mémoire générale  regroupe des tâches de mémoire associative et visuelle. Enfin, au sommet de la pyramide on retrouve le facteur g, cher à Spearman qui assure la corrélation entre tous les autres facteurs. Par cette approche, Cattell réalise une synthèse entre les conceptions unidimensionnelles et multidimensionnelles de l’intelligence.

Les deux derniers niveaux de la pyramide de Cattell

Les deux derniers niveaux de la pyramide de Cattell

En somme, il existe plusieurs théories sur la conception de l’intelligence et les scientifiques continuent d’affiner leurs théories pour repousser les limites de l’ignorance dans ce domaine.

Lexique

  • Cortex : La partie externe du cerveau composée de substance grise
  • Lobe : La surface des deux hémisphères du cerveau est divisée en lobes. On distingue le lobe frontal, pariétal, occipital et temporal.
  • Oreille absolue : C’est la faculté pour un individu de reconnaître une note musicale sans référence.
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