Archives d’Auteur: Riad Ghorra

Avant-propos

De tous les êtres vivants, l’homme est le seul qui ait la capacité de raisonner, d’apprendre, de se corriger, de s’adapter, de juger tout à la fois. Le siège de cette activité intense est le cerveau et c’est la raison pour laquelle depuis des centaines d’années, de nombreux chercheurs l’ont observé de près, essayant de comprendre comment il fonctionne. Si le cerveau est clairement l’appareil le plus complexe de tout l’univers, une question, en particulier, a toujours agité les esprits : celle de l’intelligence.

Ce numéro de notre revue sera donc consacré à l’intelligence. Qu’entend-on exactement par « intelligence » ? Quelle est la part de l’inné, quelle est la part de l’acquis ? Y a-t-il une seule ou plusieurs formes d’intelligence ? L’intelligence des hommes et celle des femmes diffèrent-elles ? Peut-on la mesurer ? Les tests de QI sont-ils fiables ?

Des scientifiques de renom ont répondu aux questions que nous leur avons posées, et nous ont guidés dans ce labyrinthe de près de 100 milliards de neurones.

Intelligence ou intelligences ?

Les théories sur l’intelligence ont évolué au cours du siècle dernier donnant lieu à de nombreuses conceptions à tel point que l’on pourrait se demander s’il existe une ou plusieurs intelligences.

Il est difficile de s’entendre sur une définition universelle de l’intelligence. Elle englobe à la fois la faculté de connaître et de comprendre, celle de résoudre des problèmes, celle de s’adapter à de nouvelles situations et celle d’apprendre. Ces différentes conceptions de l’intelligence permettent d’affirmer qu’il n’existe pas seulement un seul type d’intelligence mais plusieurs. Là encore, de nombreux psychologues dont les théories divergent s’affrontent, on pense notamment à  celles de Spearman, Gardner ou encore Cattell.

Les premiers pas dans la connaissance de l’intelligence

Le psychologue anglais Charles Spearman propose en 1904 une théorie qui se base sur une analyse factorielle de l’intelligence. Selon lui, l’intelligence est unidimensionnelle, ce qui veut dire que l’on peut la mesurer avec une seule valeur. Par ailleurs, il existe une corrélation entre les facultés de raisonnement et la perception sensorielle qu’il nomma facteur g ou intelligence générale. Pour l’évaluer il a fait passer une série d’épreuves à des élèves et a conclu que leur moyenne correspondait au facteur g. Cela implique qu’en théorie, ceux qui ont un bon ‘’g’’ ont une plus grande probabilité de réussir dans toutes les épreuves que ceux qui ont un ‘’g’’ moyen. Bien que cette théorie ne soit pas discutable sur le plan mathématique, elle a des limites.  En effet, son pouvoir de prédiction n’est pas absolu vu qu’il met en relation des capacités cognitives qui, pour certaines, n’ont aucun rapport entre elles. Ensuite, même si un ‘’g’’ très élevé ou très faible permet d’évaluer un individu, ce n’est pas le cas d’un ‘’g’’ moyen. En effet, un individu peut exceller dans certains domaines et ne pas réussir dans d’autres. Cette réalité n’est pas recouverte par la théorie de Spearman qui jauge surtout les cas extrêmes.

Les huit intelligences de Gardner

La théorie des intelligences multiples de Gardner a vu le jour en 1983 alors que le professeur travaillait dans un établissement qui traitait les anciens combattants. Il a remarqué que les soldats atteints d’un traumatisme touchant certaines zones ne subissent que des dommages relatifs à ces zones, laissant les autres intactes. Il propose la vision selon laquelle l’intelligence se manifesterait de huit façons différentes tout en s’adaptant au contexte pour lequel elle est mobilisée. Selon lui, chaque être humain possède à sa naissance de nombreux genres d’intelligence lesquels se développeront de manière plus ou moins importante suivant l’individu. Il observe par ailleurs que chaque personne est dominée par un type d’intelligence qui déterminera sa manière de percevoir et d’appréhender le monde. La théorie des intelligences multiples met en jeu les intelligences linguistiques, logico-mathématiques, kinesthésiques, musicales, naturalistes, spatiales, intra-personnelles et interpersonnelles.

Pour commencer, l’intelligence linguistique ou verbale se manifeste par la capacité de recenser et d’employer les mots aisément aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Elle se trouve dans le cortex gauche antérieur. Elle est caractéristique des individus qui aiment lire, faire des mots croisés, et leur confère une bonne mémoire et une sensibilité aux sons et à la syntaxe. C’est la forme d’intelligence la plus commune et elle est plus courante chez les femmes que chez les hommes. En effet, ceci est dû, au niveau du cerveau, à un nombre relativement réduit de connexions nerveuses  entre les deux hémisphères chez les hommes, par rapport aux femmes, ce qui rend leur cerveau moins polyvalent. On retrouve ce type d’intelligence chez les orateurs, les écrivains et les interprètes.

Régions du cerveau

Régions du cerveau

L’intelligence logico-mathématique quant à elle, est caractérisée par une capacité à calculer, émettre des hypothèses et résoudre des problèmes mathématiques, et savoir raisonner dans l’abstrait.  Lorsqu’elles sont face à un problème, les personnes dotées de ce type d’intelligence en analysent les causes et les conséquences et peuvent anticiper les solutions. Par ailleurs, elles ont un esprit de synthèse et ont tendance à catégoriser les objets. De nombreux moyens existent pour développer ce type d’intelligence comme les casse-têtes, les jeux stratégiques,  le calcul mental et le travail sur les ordinateurs.

Un troisième type d’intelligence serait l’intelligence naturaliste qui permet aux gens qui en sont dotés de se servir de leur propre environnement pour comprendre le monde. Ils se distinguent par leur intérêt pour la nature, pour les animaux. Ils sont sensibles aux questions écologiques et apprécient le travail en plein air. Ils ont également tendance à classer les choses et à les hiérarchiser. Les activités en plein air, telles que le camping et le scoutisme occupent une bonne place dans leurs loisirs.

D’autre part, l’intelligence spatiale est la faculté de penser en trois dimensions, de visualiser l’espace, et de manipuler des images graphiques. Elle est située dans le cortex pariétal droit. Les individus qui disposent de ce type d’intelligence sont dotés d’un sens aigu de l’orientation, possèdent une bonne mémoire visuelle. Pour augmenter les facultés intellectuelles relatives à ce type d’intelligence il existe des méthodes pédagogiques comme utiliser des marqueurs pour faire ressortir les éléments importants, modéliser mentalement les informations ou dessiner des graphiques et des diagrammes pour mémoriser plus facilement.

En outre, l’intelligence musicale se manifeste par une plus grande concentration, une facilité à étudier une leçon si celle-ci est mise en musique, une aptitude à capter aisément les modèles musicaux et à les reproduire et une capacité à saisir les accents d’une langue étrangère. Les personnes qui disposent de ce type d’intelligence, sont douées pour la musique et sont très à l’aise avec les instruments. L’intelligence musicale est très liée à l’oreille musicale qui est la faculté à reconnaître les sons et à apprendre très vite à maîtriser des instruments de musique. De surcroît, un haut degré de ce type d’intelligence est caractéristique des individus qui possèdent l’oreille absolue. Une telle intelligence peut être stimulée par des activités de chant, et de composition musicale.

D’un autre côté, l’intelligence kinesthésique est la capacité d’exprimer une idée ou une émotion en effectuant un geste ou en réalisant une activité physique  dans la vie quotidienne ou dans un contexte artistique. Ceci est le cas chez un danseur ou chez un athlète qui est compétent en coordination, dextérité, flexibilité. Le développement de ce type d’intelligence se fait en pratiquant des activités manuelles comme la menuiserie et les bricolages.

L’intelligence intrapersonnelle est la capacité de bien se connaître et de fonder son comportement sur cette connaissance. En effet, ces individus connaissent leurs sentiments et savent repérer leurs défauts et leurs qualités. Par ailleurs ils ont le sens de l’autocritique, du perfectionnisme, de l’introspection et ont une tendance à se replier sur eux-mêmes. Pour favoriser l’expression de cette forme d’intelligence, ils doivent poser un regard critique sur leur réflexion, écrire un journal ou méditer.

En dernier lieu, l’intelligence interpersonnelle est une aptitude à percevoir les émotions et les humeurs chez les autres. Cet individu regorge de qualités sociales caractérisées par l’empathie, la coopération et la tolérance et est habile dans la résolution de conflits. Pour en favoriser l’expression il faudrait participer à des activités de bénévolat et travailler en équipe.

Localisation des différents types d’intelligences

Localisation des différents types d’intelligences

Vers un consensus

Cependant, la théorie de Gardner ne suffit pas à expliquer tous les aspects de l’intelligence et ne met pas d’accord tous les experts. En 1993, le psychologue américain, Raymond Cattell vient affiner cette approche en finalisant les analyses de Spearman et en synthétisant les différents modèles. Il propose que l’intelligence soit représentée par une pyramide à trois niveaux. A sa base on retrouve des capacités spécifiques comme la mémoire visuelle, le temps de réaction ou la fluidité des idées. Au deuxième niveau, ces facultés se regroupent en huit ensembles. Le premier est le facteur d’intelligence fluide qui est la capacité d’un individu à s’adapter à des situations nouvelles, à faire preuve de logique. Ensuite, le facteur d’intelligence cristallisée se fonde au contraire sur des connaissances ou des capacités acquises. On y retrouve des tâches qui mesurent la compréhension du langage, le vocabulaire, etc. Le facteur de mémoire générale  regroupe des tâches de mémoire associative et visuelle. Enfin, au sommet de la pyramide on retrouve le facteur g, cher à Spearman qui assure la corrélation entre tous les autres facteurs. Par cette approche, Cattell réalise une synthèse entre les conceptions unidimensionnelles et multidimensionnelles de l’intelligence.

Les deux derniers niveaux de la pyramide de Cattell

Les deux derniers niveaux de la pyramide de Cattell

En somme, il existe plusieurs théories sur la conception de l’intelligence et les scientifiques continuent d’affiner leurs théories pour repousser les limites de l’ignorance dans ce domaine.

Lexique

  • Cortex : La partie externe du cerveau composée de substance grise
  • Lobe : La surface des deux hémisphères du cerveau est divisée en lobes. On distingue le lobe frontal, pariétal, occipital et temporal.
  • Oreille absolue : C’est la faculté pour un individu de reconnaître une note musicale sans référence.

Types d’intelligence : Le cerveau gauche

 Type d’intelligence  Caractéristiques  Activités spécifiques  Métiers Personnalité  célèbre
 Verbo-linguistique  Sensibilité aux structures du langage  Créer des dialogues, des histoires, faire des discours  Interprète, écrivain, journaliste  Victor Hugo
 Logico-mathématique  Capacité à   calculer, à résoudre des problèmes  Emettre des hypothèses, catégoriser des objets, jeux de stratégie  Scientifique, comptable, mathématicien, informaticien  Albert Einstein
 Kinesthésique  Capacité à exprimer ses idées à travers les gestes  Mettre en scène, faire du sport  Acteur, metteur en scène, athlète  Usain Bolt
 Naturaliste  Sensibilité à l’environnement et le monde  Participer à des activités écologiques, jardiner  Ecologiste, botaniste, biologiste  Hubert Reeves

Une intelligence sexuée ?

L’intelligence dépend-t-elle des sexes ? Cette question a toujours suscité des polémiques tant dans la communauté scientifique que dans le monde du travail. De nos jours, les savants continuent de s’y intéresser et tentent d’apporter des réponses à ce débat ancestral.

La question des différences entre le cerveau des hommes et celui des femmes est délicate. On a longtemps prétendu que les disparités étaient minimes jusqu’aux récents progrès de la science qui ont permis de mettre en évidence le rôle des hormones qui agissent différemment selon le sexe. Il semble donc normal que les hormones aient un effet sur le fonctionnement cérébral et sur les facultés cognitives d’où les différences entre les hommes et les femmes.

Les femmes plus douées en communication

En effet, les femmes ont des facultés cognitives plus prononcées lorsqu’ il s’agit d’identifier les sons et de distinguer les différences de détails. Par ailleurs, elles font preuve d’une meilleure précision manuelle que les hommes lorsqu’il s’agit de coordination motrice. Mais leur domaine de prédilection, c’est la communication. Ainsi compte-on trois fois plus d’hommes qui bégayent et deux fois moins de femmes dyslexiques. Elles sont plus douées en orthographe et en mémoire verbale et montrent de meilleures aptitudes à lire des expressions faciales et corporelles. Quant aux hommes, ils se démarquent par de meilleures capacités visio-spatiales ce qui leur confère un avantage pour les activités techniques. Ils ont de ce fait plus d’aisance à traiter des données relatives à la position spatiale des objets en mouvement. Par exemple, le sexe masculin trouve plus de facilité à représenter les objets en 3D ou bien à trouver la sortie d’un labyrinthe. Ils sont en outre plus adroits dans les exercices moteurs tels qu’un jeu de fléchettes.

Un peu d’humour pour changer

Un peu d’humour pour changer

Des expériences concluantes

Les scientifiques ont émis l’hypothèse que ces différences pouvaient être dues à la production d’hormones sexuelles. Ils ont réalisé pour cela une expérience sur des rats nouveaux nés.  Ils ont castré les mâles ce qui les a privés de testostérone (hormone sexuelle mâle) et ont constaté que leur comportement s’est inversé et s’est rapproché de celui de leurs congénères femelles. Par analogie, le professeur Valérie Shute, de l’université Santa–Barbara, a relevé la concentration d’androgènes (substance qui inclut la testostérone) chez des étudiants masculins et elle les a soumis à des tests de raisonnement mathématique. Elle a remarqué que les hommes dont la concentration en testostérone était faible ont eu de meilleurs résultats que les hommes dont la concentration était élevée. Cette expérience met en évidence que les hormones influent sur les capacités cognitives. De même les scientifiques ont observé que les capacités verbales varient en fonction du cycle menstruel chez la femme ce qui montre que les œstrogènes influencent ces facultés.

Le rôle des hormones et du corps calleux

Ces hormones sexuelles agissent sur le cerveau. En effet elles interviennent sur le faisceau de fibres nommé corps calleux qui relie les hémisphères cérébraux ce qui est à l’origine des différences de fonctionnement de cet organe chez les hommes et les femmes.  Des études ont démontré par ailleurs que les androgènes permettent un meilleur développement de l’hémisphère droit que de l’hémisphère gauche ce qui explique que les hommes soient plus doués lorsqu’il s’agit d’aptitudes visio-spatiales. En outre les femmes mobilisent leurs deux hémisphères cérébraux pour accomplir une tâche, les hommes n’en mobilisent qu’un seul pour l’accomplir. Cela laisse supposer que le cerveau des femmes fonctionne de façon symétrique alors que celui des hommes travaille de façon asymétrique. Cette différence de fonctionnement cérébral et de développement du corps calleux va faire varier les compétences dans lesquelles chacun des deux sexes excelle. Pour les femmes, le corps calleux est plus développé ce qui  apporte une multifonctionnalité au niveau du cerveau et leur confère un avantage dans les compétences linguistiques. Cependant cette multifonctionnalité n’a pas que des avantages. En effet, les femmes ont tendance à garder plus longtemps en mémoire les souvenirs malheureux et la dépression touche deux fois plus de femmes que d’hommes. Ainsi, les hormones sexuelles donnent lieu à la symétrie fonctionnelle du cerveau et donc au couplage entre les deux hémisphères.

Le corps calleux, un organe qui fait parler de lui

Le corps calleux, un organe qui fait parler de lui

On le voit, l’horizon scientifique est très large en ce qui concerne l’intelligence de l’homme et de la femme et laisse prévoir des découvertes toujours plus étonnantes dans les années à venir.

Lexique

  • Cognition : La cognition est un terme pour désigner les mécanismes de la pensée. Il regroupe aussi bien la mémoire, que le raisonnement ou encore la prise de décision.
  • Dyslexie : C’est un trouble de l’apprentissage de la lecture lié à une difficulté de reconnaître les lettres et les mots.
  • Corps calleux : Zone du cerveau réunissant les deux hémisphères cérébraux. Il est constitué par la substance blanche.

Quelle est la part de l’inné dans notre intelligence ?

Neurones - Synapses

L’intelligence a été depuis longtemps l’objet du plus grand intérêt chez l’Homme. L’idée de pouvoir améliorer ses capacités cognitives a toujours intrigué les scientifiques qui, pour ce, sont continuellement à la recherche d’une meilleure explication de ces facultés. Quels sont les facteurs qui favorisent l’apparition de l’intelligence ? Telle est la question qui prête à réflexion.

Dans un cadre général, Gardner dans son livre Frames of mind  parle des exemples types qui illustrent parfaitement l’influence des gènes sur les capacités de l’individu et cite particulièrement les «  savants idiots »  et les « enfants prodiges ».  Les « savants idiots » tels que certains retardés mentaux et  les autistes possèdent une habilité particulière dans un domaine précis  avec une majorité de capacités médiocres. Alors que les  « enfants prodiges » possèdent un talent extraordinaire dans un domaine particulier et parfois dans plus qu’un domaine et sont capables  de le développer très rapidement. Ils excellent dans certains types d’intelligence notamment l’intelligence musicale, logico-mathématique, spatiale et les échecs. De plus, en 1985, Bloom a constaté que les parents des enfants prodiges sont impliqués dans les domaines dans lesquels leurs enfants excellent. Il a remarqué que le père de Picasso, qui était doté d’une intelligence spatiale hors du commun, était artiste ; le père de Mozart, dont l’intelligence musicale était très développée, était musicien. Ceci joue donc en faveur de la possibilité d’une part génétique dans l’intelligence.

L’Homme détient dès sa naissance des structures  innées au niveau du cerveau permettant l’acquisition de compétences et de connaissances, d’’où  l’importance de ces  structures dans l’intelligence des individus. Le bébé humain possède dans son hémisphère gauche, un réseau de neurones mobilisant plusieurs aires cérébrales qui lui permet d’apprendre à parler.

Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive expérimentale au collège de France et son équipe ont réalisé une série d’IRMf à des bébés de 2 mois à qui ils ont fait entendre des phrases prononcées dans leur langue maternelle. Ils ont observé que leur cerveau mobilise les mêmes aires de langage qu’un adulte, montrant ainsi que le cerveau du bébé est structuré au préalable au stade embryonnaire de telle sorte à optimiser l’apprentissage après la naissance.

De plus, l’Homme possède depuis sa naissance des capacités fondamentales pour la numérisation héritées de son évolution, ce qui lui procure une aptitude à faire des mathématiques élaborées. Le cerveau d’un bébé fait la différence entre des groupes contenant un nombre différent d’individus par exemple entre 4 et 12. Ceci est dû au sillon intrapariétal, centre cérébral de la numérisation. En effet, les scientifiques ont détecté dans cette aire des circuits de neurones organisés de telle sorte à traiter les nombres. C’est ce même sillon qui permet aux êtres humains l’association de symboles aux nombres et qui explique la présence innée de structures liées à l’intelligence logico-mathématique en l’occurrence.

Les sillons dans le cerveau

Les sillons dans le cerveau

Ces structures cérébrales ainsi que le nombre de connexions qui relient ces neurones existent au stade embryonnaire.

La différence, observable au niveau des structures innées d’une personne dotée d’un talent, par rapport à une autre ayant des capacités intellectuelles plus modestes, pourrait être attribuée aux différences génétiques de ces deux individus.

 L’intelligence, sous l’influence génétique

Le code génétique est la combinaison des gènes qui fait de nous ce qu’on est, et nous confère des caractéristiques particulières ; alors que l’hérédité fait les différences entre ces caractéristiques. Les exemples qui illustrent parfaitement l’implication des gènes dans l’intelligence sont les études faites sur les jumeaux pour établir la corrélation entre gènes et QI tests. Les jumeaux homozygotes qui possèdent un génotype identique à 100% et qui vivent dans la même maison, présentent une corrélation entre leurs QI d’environ 86 %. Les faux jumeaux, qui possèdent 50% de leur matériel génétique identique et qui vivent dans la même maison présentent une corrélation de 52%. Chez les enfants non parentés, la corrélation tombe à 17%. Il semble d’après ces études que la similarité du contenu génétique a une influence sur les QI tests. (Loehlin, Lindzey, and Spuhler 1975).

Par ailleurs, le professeur de neurologie Paul Thompson et son équipe ont effectué une étude de 5 ans sur des jumeaux en utilisant un nouveau type de scanner d’imagerie cérébrale. Ils ont montré que l’intelligence est fortement influencée par la qualité des axones des neurones du cerveau. En effet, les axones sont les ramifications constituant la substance blanche et qui reçoivent le message nerveux du corps cellulaire du neurone et le transmettent à un autre neurone. Ces ramifications sont entourées par une substance constituée de lipides, la myéline. Cette dernière, responsable de la couleur blanche, permet d’isoler les fibres nerveuses et favorise la communication intra et inter hémisphérique. Il en découle que si l’individu possède une substance blanche en bon état, il sera doté de meilleures facultés intellectuelles. Etant donné que l’intégrité de la substance blanche est sous contrôle génétique, ceci nous mène à dire qu’il existe une détermination génétique pour l’intelligence.

 Des gènes codant pour l’intelligence ?

Il existe une corrélation entre le programme génétique et l’intelligence. Plusieurs méthodes de recherche, telles que les études LCQ (locus de caractère quantitatif), ont pour objectif de découvrir la relation entre un ensemble de gènes et leur contribution dans la variation du phénotype. Les LCQ associés à l’intelligence sont appelés les LCQ de QI. Ces dernières ont poussé les scientifiques à s’intéresser à un chromosome en particulier : le chromosome 7.

Des généticiens de l’université Washington à Saint-Louis ont localisé, sur le chromosome 7, un gène nommé CHRM2 qui pourrait influer sur les performances au test de QI. Selon les auteurs, ce gène n’est pas un gène de l’intelligence, c’est un gène qui est concerné par des circuits dans le cerveau. Des altérations spécifiques de ce gène peuvent influencer le QI, mais ce gène ne peut pas faire la différence entre un génie et une personne à intelligence inférieure à la moyenne.

Plusieurs variations du gène CHRM2 peuvent être corrélées avec de petites différences dans les scores du QI (qui mesure la coordination motrice visuelle, le raisonnement logique et séquentiel, la perception spatiale et la capacité à résoudre des problèmes abstraits). Lorsqu’une personne a plus d’une variation du gène, les changements des performances au QI sont cumulatives.

Le chromosome CHRM2 active une multitude de signaux qui participent à l’apprentissage, la mémoire et à d’autres fonctions importantes du cerveau. Cependant, l’équipe de recherche ne comprend pas actuellement comment le gène exerce ses effets sur l’intelligence.

Une autre étude a été faite à l’université de Utah aux États-Unis en 2010 sur des patients atteints du syndrome Williams : les enfants atteints présentent un QI de 50, sont incapables de trouver leur chemin, ont des difficultés à lire, à écrire, à faire une addition… En revanche, ils possèdent des capacités linguistiques remarquables, ils sont bons musiciens (mais incapables de déchiffrer les notes). Les patients atteints de ce syndrome ont deux douzaines de gènes manquants sur le chromosome 7. Les chercheurs ont pu identifier l’absence du gène STX1A comme étant liée à la maladie. En effet, ce gène joue un rôle fondamental dans le processus de neurotransmission. Il est à la base du passage du signal électrique d’un neurone à l’autre. On pourra donc relier le déficit intellectuel à l’absence du gène STX1A.

Ces études ont montré que le chromosome 7 est lié aux performances cognitives mais il est loin d’être le gène de l’intelligence.

En conclusion, on peut en déduire l’existence de gènes spécifiques impliqués dans l’organisation et le plan géométrique du cerveau. Cependant, on ne sait toujours pas comment ces gènes peuvent conditionner les facultés d’un individu.

Lexique

  • Apprentissage : processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, de compétences.
  • Le sillon intrapariétal : c’est un sillon de la face latérale supérieure du lobe pariétal du cortex.
  • Homozygotes : Un individu est homozygote pour un gène quand il possède deux allèles identiques de ce gène.
  • Liaison génétique : désigne le fait que deux allèles de deux gènes différents, se trouvant à proximité l’un de l’autre sur un chromosome, sont transmis ensemble d’un individu à sa descendance.
  • LCQ : est une région plus ou moins grande d’ADN qui est étroitement associée à un caractère quantitatif, c’est-à-dire une région chromosomique où est localisé un ou plusieurs gènes à l’origine du caractère en question.
  • Syndrome Williams : maladie qui se caractérise par un retard mental, combiné à une malformation cardiaque (cardiopathie congénitale) et à une forme de visage bien particulière.

Les facteurs environnementaux et l’apprentissage

La question qui se pose est la suivante : les Hommes peuvent-ils améliorer leurs facultés intellectuelles ou sont-ils contraints à demeurer au même niveau mental que la nature leur a conféré ?

La théorie à la base de la neurobiologie

Chez les nouveau-nés, les raccordements neuronaux existent mais sont incomplètement élaborés. Il en découle que le cerveau possède des capacités pour se développer. Les scientifiques s’intéressent alors à l’explication biologique de ce phénomène. D’après Vernon Mount Castle, physiologiste à l’Université John Hopkins, le cortex cérébral humain est décomposé en modules ou colonnes.

Organisation du cortex cérébral

Organisation du cortex cérébral

Les colonnes sont verticales à la surface du cortex et sont approximativement de 3mm de longueur et de 0.5 mm à 1mm de profondeur. Elles fonctionnent comme des entités et chacune d’entre elles possède des fonctions quasi-différentes. Chaque colonne diffère d’une autre par le nombre de neurones et de connexions qu’elle possède. Les chercheurs se sont alors questionnés sur les facteurs qui peuvent être à l’ origine de ces différences. Par injection d’une substance (contenant un acide aminé radioactif) dans les neurones, ils ont pu visualiser leur structure. Ainsi, chez un nouveau-né, ils ont remarqué qu’il existe très peu d’excroissances et les arborisations terminales sont peu développées. Cependant, à l’âge de deux ans, les fibres nerveuses possèdent de nombreuses excroissances et ont subi un développement important au niveau de leurs arborisations terminales. Cela démontre qu’au cours du temps, les circuits neuroniques subissent une maturation. Les neurones établissent des rapports avec les neurones voisins, et ceux-ci deviennent plus complexes vers l’âge de 16ans, l’âge où ce processus s’arrête.

Ainsi, pour qu’une personne puisse développer certaines capacités intellectuelles, elle doit le faire avant la fin de sa puberté.

De plus, des études récentes ont montré que certaines régions du cortex d’un individu ayant de bonnes facultés sont plus épaisses que chez d’autres n’ayant pas le même niveau intellectuel. Cette épaisseur est due à la multiplication des connexions entre les neurones. En d’autres termes, plus les connexions neuroniques sont complexes, plus l’information circule rapidement, et plus l’individu a de meilleures capacités cognitives. C’est le phénomène de plasticité : le processus par lequel le cerveau peut remodeler son organisation.

Le développement de ces circuits dans le cortex est modelé par l’environnement qui inclue les phénomènes d’apprentissages (l’acquis) et peut influencer négativement ou positivement le niveau d’intelligence.

Comment l’environnement peut-il conditionner les capacités cognitives ?

1) Influences du milieu socio-culturel

• La famille

Le cadre familial est un facteur qu’il ne faudrait pas épargner. En effet, avoir accès aux ressources de la maison et mener une vie dans un cadre sérieux favorisant les études, influencent positivement les facultés intellectuelles d’un individu.

• L’éducation

L’éducation joue un rôle majeur dans l’intelligence. Il est clair qu’un individu possédant des potentiels intellectuels doit suivre un enseignement approprié à ses capacités pour pouvoir les exploiter le plus possible, d’où l’existence d’écoles de surdoués.

• L’enrichissement environnemental

Une étude effectuée par Rosenzweig et Bennett (1996) a montré l’effet de la richesse de l’environnement sur la plasticité cérébrale. En effet, ils ont pu mettre en évidence que le cerveau des rats élevés dans un milieu enrichi, présente un épaississement du cortex traduisant un nombre de connexions synaptiques croissant. De même, ils ont observé un nombre d’épines dendritiques plus important au niveau microscopique. Ainsi, l’environnement enrichi modifierait l’arborisation dendritique du cerveau, ce qui entraîne un plus grand nombre de connexions entre les neurones.

La variation de plusieurs types de quotients intellectuels  en fonction de l’environnement dans lequel l’enfant est placé.

La variation de plusieurs types de quotients intellectuels en fonction de l’environnement dans lequel l’enfant est placé.

• Le statut socio-économique

Il y a différentes études qui relient le statut socio-économique au QI. Les individus qui ont un meilleur statut socio-économique ont 17 points de plus dans le même examen que ceux qui sont plus démunis. Une étude faite par Wahlsen en 1995, où les enfants ont été transférés de maisons à statut socio-économique modeste à d’autres dont le statut est élevé, a montré que les scores des tests se sont améliorés de 16 points. Cela veut-il dire que les enfants riches sont plus intelligents ? Bien sûr que non, mais cela veut dire que l’accès aux différentes ressources permet d’améliorer l’intelligence.

• Le mode de vie

Bob Reeves, de l’université de Melbourne, a effectué une étude qui a montré que l’évolution a modulé les gènes de l’Homme en développant son rapport à l’espace. Il a observé que les Aborigènes du Nord de l’Australie ont des compétences de repérage spatial beaucoup plus développées que les enfants scolarisés. Ceci est probablement dû au fait que dès leur plus jeune âge, ils doivent se repérer pour survivre. Ainsi, le mode de vie des aborigènes leur a permis de développer l’intelligence spatiale.

2) Influences biologiques

• Exposition aux produits chimiques toxiques et à d’autres substances

La consommation chronique d’alcool entraîne une mort neuronale importante. Le volume du cerveau des malades alcooliques diminue. Il en découle que l’alcoolisation chronique est assimilée à une maladie neurodégénérative.

En effet, suite à une consommation répétitive d’alcool, des déficits cognitifs apparaissent : ils concernent les capacités visuelles et spatiales, le contrôle de la posture donc l’intelligence kinesthésique, la capacité de planification, d’adaptation, de prise de décision, de maniement du langage. Plus ou moins longtemps après le début de l’alcoolisation chronique, des dégâts au niveau du cerveau deviennent visibles. Les substances grise et blanche se réduisent dans le cortex, le cerveau limbique (dont l’hippocampe, une structure intervenant dans l’apprentissage, la mémoire et la régulation de l’humeur) et le cervelet. En effet, l’individu connaîtra une diminution du métabolisme cérébral. Lors des IRM, cela se manifeste par un moindre flux sanguin ou par une faible consommation de glucose dans le cerveau. Aussi, l’alcool bloque l’effet excitateur du neurotransmetteur glutamate en se fixant sur le récepteur NMDA (N-Méthyl-D-Aspartate) impliqué dans l’apprentissage, la mémoire et le développement neuronal. Il entrave également l’absorption intestinale de la vitamine B, nécessaire au fonctionnement cérébral. Par ailleurs, l’alcool bloque par effet oxydant la neurogenèse adulte et donc la possibilité de renouvellement des cellules détruites.

De même, une femme enceinte buvant régulièrement de l’alcool peut causer à son enfant le SAF ou Syndrome d’Alcoolisation Fœtale, responsable d’un déficit intellectuel important. En effet, l’alcoolisation de l’embryon provoque des troubles de migration des neurones : ces derniers migrent au-delà de leur destination et entraînent une anomalie de leur emplacement et un amincissement du cortex. Des anomalies dans les structures cérébrales apparaîtront, comme par exemple l’agénésie du corps calleux. Il en résulte des troubles dans l’apprentissage verbal d’où un déficit de l’intelligence linguistique.

Dans le même rayon de substances nocives, il a été démontré que l’exposition aux drogues a des effets sensiblement négatifs sur le fonctionnement cognitif. En effet, la consommation prolongée de cannabis bloque la libération du neurotransmetteur excitateur appelé l’acétylcholine dans l’hippocampe, affectant ainsi le fonctionnement du cerveau. Cet effet chronique entraîne la baisse du volume de l’hippocampe accompagnée de la diminution des capacités d’apprentissage de lecture et de calcul.

• Nutrition

Des études ont prouvé qu’une malnutrition postnatale peut affecter le développement intellectuel : l’expérience effectuée par Isaac et collaborateurs, consiste à assigner à deux groupes d’enfants prématurés deux régimes alimentaires, l’un standard et l’autre de haut-aliment (riche en vitamines), pendant les semaines postnatales. Les scientifiques ont remarqué que le noyau caudé du groupe de haut-aliment est plus volumineux que celui de l’autre groupe. Cette différence de volume est corrélée avec la différence des scores sur les essais verbaux de QI auxquels le groupe de haut-aliment a obtenu de meilleurs résultats.

Par ailleurs, une étude faite sur 3000 enfants âgés de 5 à 13 ans a montré que l’allaitement peut dans certains cas améliorer les capacités cognitives. En effet, seul le lait maternel contient 2 acides gras insaturés (DHA ou acide docosahexaenoïque et AA ou acide arachidonique). Ces derniers vont, au cours de l’allaitement, s’accumuler dans le cerveau et par suite stimuler la mémoire des enfants et leurs facultés intellectuelles (raisonnements…). Cependant, cette influence ne va pas avoir lieu que chez les enfants possédant l’allèle A d’un gène appelé FADS2. Sans cet allèle, l’allaitement ne serait pas en mesure d’augmenter le QI.

En ce qui nous concerne, nous possédons tous au départ un alphabet de structures mentales données par l’évolution. Mais c’est l’attention portée par une culture à tel ou tel trait, qui développe nos compétences. Pour les scientifiques, ce sujet reste un débat ouvert entre les généticiens et les environnementalistes.

Lexique

  • Arborisation terminale : L’arborisation terminale est l’extrémité ramifiée de l’axone (prolongement d’un neurone) d’un neurone.
  • Plasticité : Mécanismes par lesquels le cerveau est capable de se modifier par l’expérience.
  • Connexion synaptique : connexion entre les synapses qui sont une zone de contact fonctionnelle entre deux neurones ou entre un neurone et une cellule.
  • Épines dendritiques : Structures en forme de bourgeon situées sur les tiges des dendrites (prolongement du corps cellulaire d’un neurone) permettant la connexion au neurone pré-synaptique.
  • Cerveau limbique : Zones du cerveau (sous le cortex dans la région médiane de l’hémisphère, enfoui à l’intérieur du lobe temporal) jouant un rôle dans l’olfaction, la mémoire, l’apprentissage et la régulation des sentiments.
  • Hippocampe : Structure du cerveau limbique jouant un rôle dans la mémoire et la navigation spatiale.
  • Cervelet : Structure de l’encéphale jouant un rôle dans le contrôle moteur et dans certaines fonctions cognitives tels que l’attention et le langage.
  • Neurotransmetteurs ou neuromédiateurs : Composés chimiques libérés par les neurones agissant sur d’autres neurones ou sur d’autres types de cellules.
  • Neurogenèse: Ensemble de processus de création d’un neurone fonctionnel du système nerveux ou naissance de nouveaux neurones.
  • Agénésie : Absence de formation d’un organe au stade embryonnaire.
  • Noyau caudé : Fait partie du corps strié (ensemble de 3 noyaux sous-corticaux) constitué de fibres nerveuses grises et blanches, situé à la base de l’encéphale, côtés extérieurs des hémisphères ; contrôle et régularise la motricité volontaire.

Le test de QI : entre validité et controverse

 Le test de QI mesure-t-il réellement l’intelligence ? Est-il fiable ou relève-t-il de la controverse ? Telles sont les questions que l’on se pose souvent mais auxquelles on n’obtient jamais de réponses précises. Des chercheurs ont tenté d’éclairer ce sujet.

Un test de QI qu’est-ce que c’est ? C’est le résultat d’un test psychométrique, c’est-à-dire lorsqu’on le lie avec d’autres éléments d’un examen de psychologie, il fournit une indication quantifiée de l’intelligence d’une personne. Cependant, il serait erroné de dire que le QI mesure réellement l’intelligence, mais plus adapté de préciser qu’il établit des comparaisons sur les capacités d’un individu par rapport à une population de référence.

Le test de QI fournit donc un simple indice sur la vivacité intellectuelle de l’individu.

Enistein : QI 160 et vous ?

Einstein : QI 160 et vous ?

Fiable ou pas ?

Suite à la création du premier test d’Alfred Binet en 1905 , Pierre Janet démontre la même année que l’émotion influe considérablement sur l’efficience intellectuelle, que celle-ci est capable de faire chuter ou de stimuler le niveau mental,car l’inhibition intellectuelle, produite par l’anxiété ou l’angoisse de l’échec, empêche l’individu d’exploiter ses ressources intellectuelle de manière optimale. En 1937 , les Américains Terman et Merrill proposent une nouvelle révision du test de Binet avec la cotation de Stern (rapport de l’âge mental sur l’ âge réel, multiplié par 100 ) mais ce mode de calcul n’obtient pas une bonne homogénéité entre les différentes classes d’âge, car la cotation ne rend pas compte de l’intelligence réelle de l’enfant mais de la vitesse de son développement. La controverse sur la révision du test de Binet amène l’Américain David Wechsler, chef de clinique à l’hôpital Bellevue de New York à élaborer une nouvelle échelle de mesure de l’intelligence. Il abandonne donc la notion d’âge mental et opte pour une méthode statistique. Il classe les résultats du sujet à un rang donné par rapport aux résultats de la population globale du même âge. Cette fois-ci, l’échelle est adaptée aussi pour les adultes et emploie un étalonnage en écarts spécifiques à chaque tranche d’âge. Le test de QI de Wechsler prend le profil d’une courbe dans le groupe d’âge et non pas la vitesse de développement de l’individu. La représentation graphique de l’échantillon d’individus testés donne une courbe en cloche, appelée courbe de Gauss, qui correspond à une loi statistique normale de moyenne 100 et d’écart type entre 10 et 15.

Courbe de Gauss - Répartition en cloche

Courbe de Gauss - Répartition en cloche

Ce test est composé de deux échelles, l’ une  »verbale » et l’autre de  »performance ». L’échelle de Wechsler se caractérise par trois tests adaptés chacun à l’âge de l’individu. L’échelle WPPSI-R est  destinée aux enfants de 3 à 7 ans. Ce test est composé de dix épreuves, cinq qui sont de type  »verbal » et le reste de type  »performance ». L’échelle WISC III, destinée aux enfants de plus de 7 ans et aux adolescents, contient un supplément de trois questions du type choix multiple. L’échelle WAIS III s’adresse aux individus de plus de 16 ans et est composée de six épreuves  »verbale », de cinq épreuves  »performance » et de trois épreuves optionnelles qui tiennent comptent de la compréhension verbale, de la mémoire et de la vitesse d’exécution du travail. Ces trois épreuves ne sont donc pas obligatoires mais permettent de mieux comprendre le fonctionnement cognitif de l’individu testé.

Ainsi le QIV ou quotient intellectuel verbal met en évidence les aptitudes du sujet alors que le QIP ou quotient intellectuel performance reflète la mise en évidence des aptitudes de départ de ce sujet.
Quand l’écart entre le QIV et le QIP n’est pas important, l’individu a un profil homogène, il arrive donc à mettre en œuvre ses aptitudes, sinon on parle de  »distorsion » et on saura que la personne a des problèmes d’exploitation de son potentiel sans qu’on en connaisse les raisons.

De nos jours, les échelles de Wechsler sont souvent utilisées pour évaluer un individu et sont valides dans la plupart des pays.
En France, uniquement les échelles Wechsler et le K-ABC (un autre test) sont scientifiquement attestés et approuvés.
Ces échelles sont régulièrement révisées afin d’être adaptées à l’évolution des connaissances. Le quotient intellectuel minimal mesurable s’élève à un QI de 40 alors que celui qui est maximal s’élève à 160.
Il faut noter que le test a été à la base créé pour mesurer la déficience intellectuelle située à un QI de 70, pour pouvoir prendre l’individu en charge.

Etude de cas : le R2000

Les doutes sur la fiabilité des tests de QI étant fréquents, les tests de raisonnement les ont remplacés car ils sont jugés plus valides. Malgré le fait qu’ils ne puissent pas mesurer l’intelligence au sens large, ils peuvent évaluer des capacités spécifiques telles que l’intelligence fluide, la mémoire ou encore l’intelligence spatiale. Ainsi ces tests représentent un argument pertinent dans le jugement des capacités cognitives d’un individu.

Le R2000 : un aboutissement des tests de raisonnement

Le R2000 est le fruit de plusieurs années de travail et de mises à jour en matière de tests de raisonnement. Au même titre que son ancêtre, le R85, le R2000 est composé de 40 items et résulte de plusieurs procédures.
Après différentes phases de sélection d’items, 120 ont été retenus à la base, repartis sous deux formes expérimentales d’items, de 60 items chacune. Certains items proviennent du test d’origine, le R85, d’autres sont des items équivalents à ceux du test, et enfin le reste a été créé. Ces deux formes ont ainsi été testées sur 169 et 144 individus respectivement pour les formes A et B tout en respectant un niveau de difficulté croissant. Le but est d’étudier la pertinence du test en établissant des analyses statistiques d’items. Dans ce type d’analyse, le calcul d’un coefficient phi ( corrélation entre réussite de l’item isolé et réussite dans l’ensemble du test ) est nécessaire. Il  permet, par ailleurs, de vérifier que l’item en question fait une différenciation des sujets entre deux groupes, ceux qui ont obtenu les scores les plus élevés, et ceux qui ont obtenu les scores les moins élevé. Si le coefficient, compris entre -1 et 1, est plus proche de 1, alors la réussite de l’item est en accord avec la réussite de l’ensemble du test. Cependant, la signification du coefficient n’est pas l’unique condition pour sélectionner les items. En effet,  ceux ayant un phi significatif doivent aussi présenter un taux de réussite compris entre 30% et 70% pour être retenus.
Ainsi, 44 items dont certains provenant du R85, ont été retenus dans la forme A, composée de 20 verbaux, 14 numériques et 10 mixtes, et 41 items ont été retenus dans la forme B composée de 20 verbaux, 10 numériques et 11 mixtes. Suite à cette étape et aux résultats satisfaisants obtenus, la mise au point d’une forme commune provisoire a été établie. Tous les items provenant du R85 ont été cependant supprimés et cette forme provisoire de 45 items, tous nouveaux, constitue le R2000 provisoire. Enfin, comme son ancêtre le R85, la forme provisoire composée de 45 items a été modifiée et réévaluée à une forme de 40 items définitifs, composés de 15 verbaux , 15 numériques et 10 mixtes. Le R2000 fera l’objet d’un recueil de données pour les études de validité et la construction de tables d’étalonnages. Pour plus d’informations sur les tests de raisonnement vous pouvez visiter le site suivant.

Une nouvelle cotation en classe d’étalonnage

Une fois le test mis en service, il a été soumis à un échantillon de 625 individus. Des répartitions d’échantillons ont été faites selon le sexe de l’individu, sa tranche d’âge, son niveau d’étude et sa profession. L’étude des comparaisons de moyenne entre différents échantillons a permis de mettre en évidence des différences significatives entre ces groupes : les résultats des individus préparant un concours d’entrée dans une école prestigieuse sont supérieurs à la normale. D’autre part, les résultats des hommes d’un côté et des femmes de l’autre sont différents.
Ainsi, des courbes d’étalonnage distinctes entre hommes et femmes, et entre hommes avec femmes et individus préparant les concours ont pu être élaborées, respectant une échelle d’une classe allant de 0 pour un résultat d’items inférieur à 5 , à une classe de 10 pour un résultat d’items réussi supérieur à 28 sur 40. (À noter que chaque courbe d’étalonnage a sa propre échelle)

Les élèves de 1ère S face au R2000

Nous avons fait passer le R2000 à un groupe d’élèves en classe de 1ère, malgré le fait que ce test s’adresse à des sujets de plus de 18 ans. Ceci explique que les résultats soient en moyenne inférieurs à ceux obtenus sur l’échantillonnage type du R2000.
Nous avons suivi le protocole de passage du test à la lettre : chaque élève doit répondre à un maximum d ‘items dans un temps imparti de 20 minutes. Nous avons pu constater que la grande majorité du groupe n’a pas répondu à plus de 20 items du test.

Voici les moyennes et les écarts-types obtenus : (voir le tableau et le résumé ci-dessous)

9,5 items réussis en moyenne chez les femmes
12,2 items réussis en moyenne chez les hommes
10,73 items réussis en moyenne générale
Écart-type de 3,09 chez les femmes
Écart-type de 5,63 chez les hommes
Écart-type de 4,63 en générale

En comparaison avec les moyennes de chaque individu à l’école nous pouvons voir que dans dans plusieurs cas, l’ensemble du test réussi est cohérent avec la moyenne de l’individu à l’école. En effet la majorité des élèves présentant une moyenne de plus de 13 à l’école en 1ère a obtenu un bon score (plus que la moyenne générale des élèves testés de 3 points soit plus de 14 items corrects) et ceux présentant une moyenne inférieure ou égale à 11 à l’école ont obtenu un score relativement faible (moins que la moyenne générale de 2 points soit moins de 9 items corrects). Hormis quelques cas , dont un élève ayant une moyenne de 11 à l’école qui a répondu a 16 questions correctement et un autre ayant une moyenne de 13 qui a répondu à 8 questions correctement,  nous pouvons dire qu’en établissant un comparatif entre les notes de l’individu au test et sa moyenne à l’école, le test donne un indice sur certaines capacités spécifiques de l’individu, malgré le fait qu’il ne soit pas totalement fiable.

Pour aller plus loin, nous avons décidé de calculer le coefficient phi de chaque item. Pour cela nous avons réparti les élèves en deux groupes : un groupe  »supérieur » comprenant les élèves qui ont obtenu un résultat supérieur à la moyenne et un groupe  »inférieur » contenant les élèves ayant obtenu un résultat inférieur à la moyenne et ce,  pour vérifier si dans le cas de cet échantillon, la corrélation entre un item et l’ensemble du test est cohérente. (Voir l’exemple de calcul du coefficient phi pour l’item isolé numéro 2 ci-après). Malheureusement, le coefficient phi étant relativement assez faible voire négatif (proche de -1 pour certains), il  n’est pas réellement significatif, ne permet pas de différencier chaque individu et ne présente donc pas de pertinence dans ce cas établi.

Tableau représentant les résultats du groupe d'élèves

Les colonnes F1 à H11, de gauche à droite, représentent les réponses correctes aux items (le chiffre 1 signifie que la réponse est correcte). Ensuite les deux colonnes suivantes représentent la réussite des items tout groupe confondu en pourcentage et en valeur effective. Puis, à la droite de ces colonnes, on voit le nombre d’items corrects chez les hommes et chez les femmes. Enfin dans la dernière colonne, à l’extrême droite, le coefficient phi de chaque item.

Calcul du coefficient phi : Ce calcul nécessite l’emploi d’un tableau  à double entrée et d’un classement de deux groupes, supérieurs et inférieurs, établi en fonction des résultats de chaque individu au test. Ainsi 4 individus ont été classés dans le groupe supérieur et 7 dans le groupe inférieur. Prenons le cas de l’item isolé numéro 2. Notons a, b, c, d, e, f, g et h, les variables associées aux valeurs suivantes :
a= nombre de personnes du groupe S (supérieur) ayant réussi l’item soit 3
b= nombre de personnes du groupe I (inférieur) ayant réussi l’item soit 3
c=  nombre de personnes du groupe S n’ayant pas réussi l’item soit 1
d= nombre de personnes du groupe I n’ayant pas réussi l’item soit 4
e= nombre de personnes des deux groupes ayant réussi l’item  soit 6
f= nombre de personnes des deux groupes n’ayant pas réussi l’item  soit 5
g= nombre total de personnes du groupe S soit 4
h= nombre total de personnes du groupe I soit 7

Phi a pour formule :

Calcul de phi

Ainsi phi=  0,31

Ceci indique que l’item 2 est cohérent avec le test vu qu’il affiche un taux de réussite compris entre 30 et 70% et que son coefficient phi est relativement proche de 1.

Ainsi, les tests de raisonnements comme le R2000 évaluant l’intelligence fluide d’un individu , présentent une pertinence au niveau psychologique (dans le domaine professionnel, lors d’un entretien d’embauche…), mais il n’existe actuellement aucun test qui mesure l’intelligence en elle-même.

L’intelligence, un enjeu majeur de la science

‘’L’Homme est le seul animal dont l’action soit mal assurée, qui hésite qui tâtonne, qui forme des projets avec l’espoir de réussir et la crainte d’échouer. C’est le seul qui se sent sujet à la maladie et le seul aussi qui sache qu’il doit mourir.’’

A dit Henri Bergson. Il en découle l’idée que la réflexion et plus précisement, l’intelligence est le propre de l’Homme. Et bien que les animaux possèdent des facultés intellectuelles certaines, elles sont beaucoup plus prononcées chez l’Homme. C’est sans doute pour cette raison que les scientifiques se sont intéressés a ce concept et ce, grâce a une technologie toujours plus performante. Ainsi les chercheurs ont- ils trouvé plus de réponses sur ce sujet les  10 dernières années qu’en 500 ans. La définir, expliquer son fonctionnement et tenter de la mesurer, tels sont les enjeux  des savants du XXIème siècle.