Quelle est la part de l’inné dans notre intelligence ?

Neurones - Synapses

L’intelligence a été depuis longtemps l’objet du plus grand intérêt chez l’Homme. L’idée de pouvoir améliorer ses capacités cognitives a toujours intrigué les scientifiques qui, pour ce, sont continuellement à la recherche d’une meilleure explication de ces facultés. Quels sont les facteurs qui favorisent l’apparition de l’intelligence ? Telle est la question qui prête à réflexion.

Dans un cadre général, Gardner dans son livre Frames of mind  parle des exemples types qui illustrent parfaitement l’influence des gènes sur les capacités de l’individu et cite particulièrement les «  savants idiots »  et les « enfants prodiges ».  Les « savants idiots » tels que certains retardés mentaux et  les autistes possèdent une habilité particulière dans un domaine précis  avec une majorité de capacités médiocres. Alors que les  « enfants prodiges » possèdent un talent extraordinaire dans un domaine particulier et parfois dans plus qu’un domaine et sont capables  de le développer très rapidement. Ils excellent dans certains types d’intelligence notamment l’intelligence musicale, logico-mathématique, spatiale et les échecs. De plus, en 1985, Bloom a constaté que les parents des enfants prodiges sont impliqués dans les domaines dans lesquels leurs enfants excellent. Il a remarqué que le père de Picasso, qui était doté d’une intelligence spatiale hors du commun, était artiste ; le père de Mozart, dont l’intelligence musicale était très développée, était musicien. Ceci joue donc en faveur de la possibilité d’une part génétique dans l’intelligence.

L’Homme détient dès sa naissance des structures  innées au niveau du cerveau permettant l’acquisition de compétences et de connaissances, d’’où  l’importance de ces  structures dans l’intelligence des individus. Le bébé humain possède dans son hémisphère gauche, un réseau de neurones mobilisant plusieurs aires cérébrales qui lui permet d’apprendre à parler.

Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive expérimentale au collège de France et son équipe ont réalisé une série d’IRMf à des bébés de 2 mois à qui ils ont fait entendre des phrases prononcées dans leur langue maternelle. Ils ont observé que leur cerveau mobilise les mêmes aires de langage qu’un adulte, montrant ainsi que le cerveau du bébé est structuré au préalable au stade embryonnaire de telle sorte à optimiser l’apprentissage après la naissance.

De plus, l’Homme possède depuis sa naissance des capacités fondamentales pour la numérisation héritées de son évolution, ce qui lui procure une aptitude à faire des mathématiques élaborées. Le cerveau d’un bébé fait la différence entre des groupes contenant un nombre différent d’individus par exemple entre 4 et 12. Ceci est dû au sillon intrapariétal, centre cérébral de la numérisation. En effet, les scientifiques ont détecté dans cette aire des circuits de neurones organisés de telle sorte à traiter les nombres. C’est ce même sillon qui permet aux êtres humains l’association de symboles aux nombres et qui explique la présence innée de structures liées à l’intelligence logico-mathématique en l’occurrence.

Les sillons dans le cerveau

Les sillons dans le cerveau

Ces structures cérébrales ainsi que le nombre de connexions qui relient ces neurones existent au stade embryonnaire.

La différence, observable au niveau des structures innées d’une personne dotée d’un talent, par rapport à une autre ayant des capacités intellectuelles plus modestes, pourrait être attribuée aux différences génétiques de ces deux individus.

 L’intelligence, sous l’influence génétique

Le code génétique est la combinaison des gènes qui fait de nous ce qu’on est, et nous confère des caractéristiques particulières ; alors que l’hérédité fait les différences entre ces caractéristiques. Les exemples qui illustrent parfaitement l’implication des gènes dans l’intelligence sont les études faites sur les jumeaux pour établir la corrélation entre gènes et QI tests. Les jumeaux homozygotes qui possèdent un génotype identique à 100% et qui vivent dans la même maison, présentent une corrélation entre leurs QI d’environ 86 %. Les faux jumeaux, qui possèdent 50% de leur matériel génétique identique et qui vivent dans la même maison présentent une corrélation de 52%. Chez les enfants non parentés, la corrélation tombe à 17%. Il semble d’après ces études que la similarité du contenu génétique a une influence sur les QI tests. (Loehlin, Lindzey, and Spuhler 1975).

Par ailleurs, le professeur de neurologie Paul Thompson et son équipe ont effectué une étude de 5 ans sur des jumeaux en utilisant un nouveau type de scanner d’imagerie cérébrale. Ils ont montré que l’intelligence est fortement influencée par la qualité des axones des neurones du cerveau. En effet, les axones sont les ramifications constituant la substance blanche et qui reçoivent le message nerveux du corps cellulaire du neurone et le transmettent à un autre neurone. Ces ramifications sont entourées par une substance constituée de lipides, la myéline. Cette dernière, responsable de la couleur blanche, permet d’isoler les fibres nerveuses et favorise la communication intra et inter hémisphérique. Il en découle que si l’individu possède une substance blanche en bon état, il sera doté de meilleures facultés intellectuelles. Etant donné que l’intégrité de la substance blanche est sous contrôle génétique, ceci nous mène à dire qu’il existe une détermination génétique pour l’intelligence.

 Des gènes codant pour l’intelligence ?

Il existe une corrélation entre le programme génétique et l’intelligence. Plusieurs méthodes de recherche, telles que les études LCQ (locus de caractère quantitatif), ont pour objectif de découvrir la relation entre un ensemble de gènes et leur contribution dans la variation du phénotype. Les LCQ associés à l’intelligence sont appelés les LCQ de QI. Ces dernières ont poussé les scientifiques à s’intéresser à un chromosome en particulier : le chromosome 7.

Des généticiens de l’université Washington à Saint-Louis ont localisé, sur le chromosome 7, un gène nommé CHRM2 qui pourrait influer sur les performances au test de QI. Selon les auteurs, ce gène n’est pas un gène de l’intelligence, c’est un gène qui est concerné par des circuits dans le cerveau. Des altérations spécifiques de ce gène peuvent influencer le QI, mais ce gène ne peut pas faire la différence entre un génie et une personne à intelligence inférieure à la moyenne.

Plusieurs variations du gène CHRM2 peuvent être corrélées avec de petites différences dans les scores du QI (qui mesure la coordination motrice visuelle, le raisonnement logique et séquentiel, la perception spatiale et la capacité à résoudre des problèmes abstraits). Lorsqu’une personne a plus d’une variation du gène, les changements des performances au QI sont cumulatives.

Le chromosome CHRM2 active une multitude de signaux qui participent à l’apprentissage, la mémoire et à d’autres fonctions importantes du cerveau. Cependant, l’équipe de recherche ne comprend pas actuellement comment le gène exerce ses effets sur l’intelligence.

Une autre étude a été faite à l’université de Utah aux États-Unis en 2010 sur des patients atteints du syndrome Williams : les enfants atteints présentent un QI de 50, sont incapables de trouver leur chemin, ont des difficultés à lire, à écrire, à faire une addition… En revanche, ils possèdent des capacités linguistiques remarquables, ils sont bons musiciens (mais incapables de déchiffrer les notes). Les patients atteints de ce syndrome ont deux douzaines de gènes manquants sur le chromosome 7. Les chercheurs ont pu identifier l’absence du gène STX1A comme étant liée à la maladie. En effet, ce gène joue un rôle fondamental dans le processus de neurotransmission. Il est à la base du passage du signal électrique d’un neurone à l’autre. On pourra donc relier le déficit intellectuel à l’absence du gène STX1A.

Ces études ont montré que le chromosome 7 est lié aux performances cognitives mais il est loin d’être le gène de l’intelligence.

En conclusion, on peut en déduire l’existence de gènes spécifiques impliqués dans l’organisation et le plan géométrique du cerveau. Cependant, on ne sait toujours pas comment ces gènes peuvent conditionner les facultés d’un individu.

Lexique

  • Apprentissage : processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, de compétences.
  • Le sillon intrapariétal : c’est un sillon de la face latérale supérieure du lobe pariétal du cortex.
  • Homozygotes : Un individu est homozygote pour un gène quand il possède deux allèles identiques de ce gène.
  • Liaison génétique : désigne le fait que deux allèles de deux gènes différents, se trouvant à proximité l’un de l’autre sur un chromosome, sont transmis ensemble d’un individu à sa descendance.
  • LCQ : est une région plus ou moins grande d’ADN qui est étroitement associée à un caractère quantitatif, c’est-à-dire une région chromosomique où est localisé un ou plusieurs gènes à l’origine du caractère en question.
  • Syndrome Williams : maladie qui se caractérise par un retard mental, combiné à une malformation cardiaque (cardiopathie congénitale) et à une forme de visage bien particulière.
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Publié le 23 février 2012, dans Articles de Rayan NEHME, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. excellent !

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